Dossier sur le Monoxyde de carbone


Le monoxyde de carbone est un gaz incolore et inodore. Sa densité est voisine de celle de l’air. Sa présence résulte d’une combustion incomplète, et ce quel que soit le combustible utilisé : bois, butane, charbon, essence, fuel, gaz naturel, pétrole, propane. Il se diffuse très vite dans l’environnement. Il agit comme un gaz asphyxiant très toxique qui, absorbé en quelques minutes par l’organisme, se fixe sur l’hémoglobine.

  • 0,1 % (1000 ppm) de CO dans l’air tue en une heure,
  • 1 % (10.000 ppm) de CO dans l’air tue en 15 minutes,
  • Entre 10 et 40 minutes pour une concentration de 100 ppm,

Qu’est-ce que le monoxyde de carbone ?


Le Monoxyde de Carbone (CO) est le gaz polluant le plus produit dans le monde (en volume) devant tous les autres gaz polluants réunis. De plus il est particulièrement insidieux, c’est un gaz sans odeur et sans couleur, donc indécelable. On connaît ses effets mortels en milieu confiné. Formé lors de la combustion de substances carbonées (hydrocarbures, charbon, bois), il est très toxique dès que sa concentration atteint un certain seuil.

Le CO pénètre dans le système sanguin à partir des poumons et se combine avec l’hémoglobine (globules rouges) 200 fois plus facilement que l’oxygène. Au fur et à mesure, que le CO s’accumule dans le sang, le corps est de plus en plus privé d’oxygène. Une exposition prolongée à une faible concentration peut aller jusqu’à causer des dommages permanents au coeur et au cerveau. Le mal de tête peut être un premier symptôme.

Intoxications au CO : circonstances de survenue


Le monoxyde de carbone (CO) est inhalé dans l’air et absorbé par les poumons lors de la respiration. Ses propriétés toxiques sont le résultat de sa combinaison avec l’hémoglobine, protéine qui transporte habituellement l’oxygène dans le sang. Cette liaison aboutit à la formation d’un composé relativement stable, la carboxyhémoglobine (HbCO), qui empêche l’hémoglobine de jouer son rôle de transporteur de l’oxygène vers les tissus. En raison de l’affinité beaucoup plus grande de l’hémoglobine pour le CO que pour l’oxygène, lorsque l’on inspire de l’air contenant du CO, celui-ci se fixe préférentiellement sur l’hémoglobine, prenant ainsi la place de l’oxygène. Le CO peut également se combiner à d’autres protéines, tels la myoglobine du muscle et certains cytochromes.

La réaction de formation de la carboxyhémoglobine est réversible, ce qui permet l’élimination du CO par voie respiratoire soit en replaçant le sujet dans une atmosphère saine, soit en lui faisant respirer de l’oxygène, éventuellement à forte pression (oxygénothérapie hyperbare).

Dans une majorité des cas, les accidents résultent :


  • de la mauvaise évacuation des produits de combustion (conduit de fumée obstrué ou mal dimensionné)
  • de l’absence de ventilation dans la pièce où est installé l’appareil (pièces calfeutrées, sorties d’air bouchées)
  • du défaut d’entretien des appareils de chauffage et de production d’eau chaude ainsi que les inserts
  • de la vétusté des appareils
  • de la mauvaise utilisation de certains appareils
  • de l’incompatibilité des différentes installations présentes dans un même logement

On observe souvent, lors d’accident, un cumul de défauts et d’autres facteurs cités.

Source de monoxyde de carbone


Tous les types d’appareils, quel que soit le combustible utilisé, sont une source de monoxyde de carbone, en quantité variable selon la nature de ce combustible et la qualité de la combustion :

  • Les chaudières à bois, charbon, gaz ou fioul
  • Les chauffe-eau et chauffe-bain
  • Les inserts de cheminées, les poêles
  • Les chauffages mobiles d’appoint
  • Les cuisinières à bois, charbon ou gaz
  • Les moteurs automobiles dans les garages
  • Les groupes électrogènes à essence ou à fioul et tout moteur thermique fixe ou mobile
  • Les appareils « de fortune » type brasero

Les familles socialement et économiquement fragiles sont plus exposées au risque d’intoxication au CO, car les appareils de chauffage sont vétustes, leur entretien et celui des systèmes de ventilation peuvent être négligés par souci d’économie. Il y a rarement une seule victime, mais plus souvent toute une famille, parents et enfants.

Des cas d’intoxication collective sont observés régulièrement dans de grandes surfaces, des restaurants, des églises ou des patinoires, faisant alors plusieurs dizaines de victimes de tous âges.

Des situations climatiques particulières, temps bas et brouillard par exemple, ou des situations exceptionnelles, intempéries et grand froid, entraînent une élévation des risques et ce, d’autant plus qu’elles s’accompagnent de l’utilisation massive de chauffages de fortune pour compenser une détérioration des installations habituelles (groupe électrogène, poêle à pétrole, brasero..).

Citons le cas particulier de la tempête de décembre 1999, où les risques étaient majorés : conduits de fumée ou caissons d’extraction collective arrachés, utilisation de groupes électrogènes à l’intérieur de locaux (alors qu’ils sont normalement destinés à l’extérieur) pour cause de coupure d’électricité.

Certaines caractéristiques régionales aggravent aussi le risque : vulnérabilité de la région nord lors des périodes de brouillard, qui entraînent un grand nombre d’intoxications simultanées, justifiant parfois le déclenchement du Plan rouge.
Source : direction générale de la santé

Intoxications au CO : temps et seuil d’exposition


Dès que le taux de CO dépasse le seuil de 50ppm, des précautions doivent être prises surtout pour les constitutions fragiles : enfants, femmes enceintes, personnes souffrant d’anémie, de problèmes cardiaques ou respiratoires, asthme, emphysème, bronchite chronique…

La surveillance du CO dans l’air intérieur est actuellement limitée au milieu du travail. Il n’existe pas de valeur limite concernant le CO dans les bâtiments. Cependant, l’Organisation mondiale de la santé a proposé des valeurs guides établies à partir de modèles liant les concentrations en CO dans l’air et les niveaux de carboxyhémoglobine dans le sang, qui dépendent de la durée d’exposition et du niveau de ventilation alvéolaire. L’équation la plus utilisée est celle de Coburn-Forster-Kane.

Compte tenu des connaissances toxicologiques sur les effets du monoxyde de carbone sur la santé et le lien existant avec le taux de carboxyhémoglobine (HbCO), l’OMS a considéré qu’un taux d’HbCO égal à 2,5% représentait le maximum admissible pour assurer la protection du grand public. Les valeurs guides ont donc été établies de manière à ce que le taux de 2,5% de carboxyhémoglobine ne soit pas dépassé, même si le sujet se livre à une activité physique légère ou modérée.


Valeurs guides fixées par l’OMS :

  • 100 mg/m³ (87 ppm) pendant 15 minutes,
  • 60 mg/m³ (52 ppm) pendant 30 minutes,
  • 30 mg/m³ (26 ppm) pendant 1 heure,
  • 10 mg/m³ (9 ppm) pendant 8 heures.

Intoxications au CO : Dégazage


L’élimination du monoxyde de carbone dans le corps humain dépend du taux d’oxygène dans l’air et de la pression atmosphérique. La courbe ci-dessous montre la décroissance du COHB pour une exposition dans l’air ambiant, dans l’oxygène pur et dans un caisson hyperbare d’oxygène pur.

Le dégazage de la carboxyhémoglobine est généralement caractérisé par les taux de décroissance suivants :

Oxygène vol. Temps de décroissance de moitié (minutes)
21% (air ambiant) 240 - 300
80 % 80 - 100
100 % 50 - 70
100 % (à 3 atm.) 20 - 25

Comme l’intoxication au CO, le dégazage est un phénomène particulièrement lent, notamment dans les conditions habituelles : pression atmosphérique normale et 21% en volume d’oxygène dans l’air. Dans ces conditions, il faut compter 4h30 pour que la concentration en COHB diminue de moitié. Le phénomène peut être accéléré en augmentant la concentration en oxygène ou, mieux encore, en plaçant la victime dans un caisson pressurisé à plus de 2000 mm de mercure pendant 12 à 30 minutes. Ce procédé augmente le taux d’oxygène dans le plasma sanguin et accélère la séparation du CO et de l’hémoglobine.

Intoxications au CO : les symptômes


Il existe deux types d’intoxication :

  • l’intoxication aiguë, qui entraîne une intervention des secours en urgence et se manifeste par des vertiges, une perte de connaissance, une impotence musculaire, voire un coma et le décès.
  • l’intoxication chronique, qui entraîne des maux de tête, des nausées, une confusion mentale. Difficilement détectable, elle peut entraîner, à la longue, des troubles cardiaques ou respiratoires. Ce type d’intoxication est actuellement suspectée de perturber le développement cérébral des enfants et notamment leur fonctionnement intellectuel.

Les signes cliniques ne sont pas spécifiques : maux de tête, vertiges, malaises, nausées, dyspnée, troubles de la vision, de l’odorat ou du goût, troubles du sommeil, de la mémoire, de l’attention, douleurs thoraciques, abdominales, musculaires peuvent être rencontrés à des fréquences variables. Le CO a été décrit comme « le grand imitateur » car les intoxications donnent lieu à un grand nombre de faux diagnostics de grippe, de gastro-entérites ou d’autres affections bénignes. Par ailleurs, les intoxications au CO se manifestent souvent en décompensant un mauvais état cardiaque ou cérébral sous-jacent. Le fait qu’une explication toute prête soit disponible pour expliquer les symptômes observés conduit probablement à une sous-estimation des intoxications au CO survenant chez des malades « vasculaires » connus.

Trois situations cliniques particulières méritent d’être notées : la femme enceinte (risque élevé pour le fœtus), l’enfant de moins de deux ans (présentation atypique, par exemple cris), personnes âgées (les signes non spécifiques peuvent être attribués à tort à l’âge).

Isolément, les signes cliniques ne peuvent donc permettre d’affirmer l’intoxication. Il paraît même déraisonnable de demander le signalement de cas soupçonnés sur la seule clinique, sans autres éléments, ce qui entraînerait sans doute un grand nombre d’enquêtes inutiles. En revanche, les signes cliniques doivent conduire le médecin à soupçonner une intoxication au CO et à rechercher d’autres éléments de confirmation. Dans toute situation de ce type, le dépistage de l’air expiré avec un carboxymètre devrait s’imposer (le carboxymètre est un détecteur spécifique du monoxyde de carbone).

Informations pratiques


Intoxications au CO : les chiffres


Chaque année en France, 6000 personnes sont victimes d’une intoxication due au monoxyde de carbone (CO), et 300 en décèdent. N’importe qui peut être victime de cette intoxication, qui survient souvent lorsqu’on pratique des gestes simples de la vie quotidienne telle la mise en route du chauffage ou de l’eau chaude, y compris en famille. L’intoxication aiguë nécessite une prise en charge d’urgence.

La forme chronique est beaucoup plus difficile à repérer. Il est donc essentiel que chacun, professionnels de santé ou sociaux, installateur ou revendeur de matériel de chauffage, mais aussi chaque citoyen, soit vigilant afin de dépister au plus tôt cette intoxication encore mal connue.

Les accidents sont soumis à d’importantes variations selon les milieux sociaux et la situation géographique. Ainsi, dans la seule région Nord-Pas-de-Calais, le monoxyde de carbone est à l’origine de 40 décès et de 1000 hospitalisations par an.

Intoxications au CO : la surveillance


L’utilisation d’un appareil de mesure tel que le CO Metre permet :

  • D’identifier une chaudière ou un poêle, dont le tirage n’est pas suffisant,
  • De mettre en évidence un refoulement de cheminée,
  • De localiser une fuite dans un conduit de cheminée,
  • D’identifier la mauvaise évacuation des gaz d’échappement, d’un groupe électrogène,
  • D’identifier une mauvaise aération dans un garage.


L’,utilisation de l’appareil peut apporter d’autres informations : le tabac est un générateur important de CO. Dans certains lieux publics comme dans des bureaux, locaux mal aérés, il est parfois possible d’identifier des taux pouvant aller jusqu’à 30 ppm. De même dans la circulation automobile, notamment dans des tunnels ou des parkings en sous-sol, il est courant de rencontrer des taux importants de CO. Un appareil de surveillance permanente, tel que le Coach, va de plus mettre en sécurité les appareils susceptibles de générer du CO dans l’habitat.